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J’ai élaboré ma propre technique de prise de vue qui trouve un juste milieu entre la prise de vue dans tous les environnements tout en altérant le moins possible les motifs de l’iris. Auparavant, j’utilisais un flash annulaire, mais le rendu sur les yeux marron était médiocre et il était plus facile les yeux plus clairs. J’ai rencontré Aswhini pendant mon service civique. Ashwini est la première personne sur qui j’ai pu prendre une bonne photo d’un œil marron car elle a accepté que j’améliore ma technique sur son œil. Elle pratiquait la photographie argentique et nous avons eu des discussions où elle m’expliquait que, par rapport au numérique, chaque photo était plus précieuse à cause du coût de la pellicule et qu’il était impossible de prendre des rafales de photos dans l’espoir d’en avoir une meilleure que les autres, et que le résultat final ne se voyait qu’au développement de la photo. Un point de vue qui me fait réaliser que le rapport de chacun à la photo est différent. Ashwini est décédée pendant son voyage en Erasmus en Nouvelle-Zélande ; elle est partie randonner avec un ami, il y a eu de fortes pluies et leurs corps ont tous deux été retrouvés au bord de la rivière. C’est la seule photo que je conserve d’elle.

Pascal est passionné de rock et a décidé avec sa femme Marie-Pierre de créer un bar de ce style, où des groupes viennent animer les soirées le week-end. Quand je regarde les yeux des gens et que je leur demande un rêve, une passion ou un objectif qu’ils ont, on peut sentir toute la volonté, toute la fantaisie, tout l’espoir qui les animent. Aujourd’hui, je mets en image Pascal qui a réalisé son rêve en créant un bar à son image, le Stock à Mennecy. C’est un endroit convivial et ainsi les gens acceptent d’être pris en photo. Et ce lieu m’a beaucoup aidé à réaliser mon ambition.

Lors d’un concert, j’ai fait la connaissance de Tony, un jeune homme de 28 ans, qui m’a paru agréable et apparemment « normal ». Lorsque je lui ai demandé ce qui pouvait le rendre unique, il m’a répondu qu’il « aimerait que tout le monde sache aimer correctement ». Quand je lui ai demandé s’il s’agissait d’une histoire de cœur, il m’a répondu « Non, mon père ». Je ne sais pas grand-chose de plus, mais cette rencontre m’a rapidement fait prendre conscience que chaque personne rencontrée a sa propre histoire, son vécu et des marques indélébiles qui font d’elle ce qu’elle est aujourd’hui. Nous sommes si proches de certains personnes que l’on croise au quotidien, et pourtant ils ont souvent vécu une vie qui nous est si étrangère, à des années-lumière de la nôtre.

J’ai rencontré Frédéric lors d’un festival de musique. Il est passionné de rock et de métal et travaille en tant que luthier en Bretagne, où il répare les guitares. Les personnes qui viennent lui confier leur instrument pour réparation ont souvent une histoire à raconter. Frédéric m’a raconté l’une d’elles. Il s’agit d’une femme qui a vécu quelque temps au Nicaragua. Elle a rencontré quelqu’un avec qui elle a eu une relation avant de retourner en France. Cet homme se déplaçait toujours avec une guitare. Il a décidé de passer un mois en France à l’été 2022. Pour qu’il ne soit pas dépaysé, cette femme a décidé de sortir la vieille guitare de son père de la cave, qui n’avait pas servi depuis 20 ans. Le fait que cette guitare soit remise à neuf était bien sûr une surprise, qui a sûrement permis à cet homme de conserver ses habitudes loin de chez lui. Frédéric adore son métier car il redonne une seconde vie aux instruments et les clients qui viennent le voir éprouvent un attachement personnel aux guitares qu’ils souhaitent réparer. C’est peut-être la façon dont Frédéric a raconté cette histoire qui l’a rendue si passionnante.

La rencontre avec Marion m’a particulièrement marqué car elle chante en japonais les musiques des films du studio Ghibli. Certains films de ce studio ont bercé une partie de mon enfance Marion fait des tournées dans toute la France, et son chœur a été orchestré à plusieurs reprises par Joe Hisashi lui-même, compositeur des musiques pour le studio Ghibli. Marion compose quelques musiques et sa carrière de chant ne fait que débuter. Elle aimerait vivre de sa passion plus tard.

Johnny est un chrétien originaire de la ville syrienne d’Al-Qaryatayn, qui a été prise deux fois par Daesh. La guerre civile syrienne a pris une tournure de conflit religieux entre le parti chiite Baas au pouvoir et le peuple sunnite (et quelques minorités extrêmes comme Al-Nosra, Daesh ou Tahrir al-Sham). Bien que l’armée ait fourni des armes aux minorités, y compris à la famille de Johnny, pour qu’elles puissent se défendre, Johnny n’a pas fait son service militaire, ce qui est pourtant obligatoire, car en plein conflit, il aurait été envoyé au front. Pour éviter la peine de mort, il a fui son pays pour arriver en France où il connaissait quelqu’un. Il est parti de rien, commençant par vivre dans une caravane. Ancien infirmier disposant d’un équivalent du baccalauréat littéraire, il n’était pas en mesure d’exercer son métier en France. C’est là que je l’ai rencontré, nous avons passé du temps ensemble et il a fait la connaissance d’autres personnes, ainsi que d’autres Syriens qu’il connaissait. Grâce à ce réseau, il a eu la possibilité de devenir coiffeur sur les Champs-Elysées à Paris. Aujourd’hui, il est marié et travaille dans la carrosserie, une de ses passions.

Jérémy ressemble à tout le monde. Barbe, quelques tatouages, À l’exception qu’il est très musclé. Sauf que Jérémy porte un lourd passé, dépourvu de l’amour que reçoit normalement enfant. Arrivé à l’âge adulte, il ne s’est pas forcément entouré des bonnes personnes. La justice ne l’a pas aidé, et acculé par des sentiments de trahison, d’injustice et d’abandon, il a dû trouver des solutions par lui même. Aujourd’hui, c’est cette justice qui le suit de près. Jérémy n’a pas su poser des mots sur ce qu’il ressentait lors de notre échange, même s’il a pourtant dit beaucoup de choses pendant 50 minutes, ses yeux brillant parlant d’eux-mêmes. Je me souviens que dans les premières minutes il disait « Je ne sais pas pourquoi je te dit tout ça ».

Thomas est conteur. Il raconte des histoires à ceux qui veulent bien l’écouter, et il les raconte probablement bien. Parce que la rencontre avec Thomas est marquante. C’est un homme souriant, charismatique, solaire et qui sait mettre en confiance son interlocuteur. Il a une vision positive des gens de manière générale et transmet sa bonne humeur comme le soleil chauffe votre peau de ses rayons. La rencontre avec cette personne m’a laissé une empreinte vraiment inspirante. On ressent l’aboutissement de cette personne rien qu’à sa manière de s’exprimer.